© 2018, Ariane Buisson.

Dernière modification Vendredi 12 octobre 2018

Références :

Andrea Marcolongo, La Langue géniale. 9 bonnes raisons d'aimer le grec, trad. par Béatrice Robert-Boissier, Paris, Les Belles Lettres, 2018 (éd. originale : La Lingua geniale. 9 ragioni per amare il greco, Laterza e Figli, 2016.

La Langue géniale : un succès problématique

En janvier dernier a paru, en France, la traduction du best-seller italien d'Andrea Marcolongo qui déclare au monde son amour pour la langue grecque.

Les éditions Les Belles Lettres ont assuré la promotion de l'essai d'Andrea Marcolongo La langue géniale : 9 bonnes raisons d'aimer le grec à grands renforts de publicité sur les réseaux sociaux, de présentations au public et autres dédicaces. On peut s'étonner du déluge de critiques élogieuses que cet ouvrage suscite des pages numériques de Slate.fr ou de Mediapart en passant par Le Point, car s'il se lit avec aisance, le fond du propos n'en est pas moins assez déplaisant. 

En effet, l'auteur entend démontrer que la langue grecque est une langue formidable à partir de son propre témoignage de femme tombée amoureuse de cette langue... Elle se plait à parsemer son récit grammatical de souvenirs d'élève et d'étudiante, sans doute pour établir une connivence avec le lecteur, mais ce dispositif tourne à vide, voire au ridicule. 

 

Quant au sujet lui-même, il est difficilement accessible pour un non-helléniste quoi qu'en dise Andrea Marcolongo puisqu'elle cite de nombreux passages en grec - dont elle ne fait pas toujours grand-chose - systématiquement traduits, mais non appareillés et encore moins translittérés donc absolument inaccessibles à qui ne sait pas lire l'alphabet grec. Nul tableau d'équivalence entre les alphabets grecs et latins dans l'ouvrage ne vient au secours du pauvre lecteur qui n'aurait pas eu l'opportunité de d'entrer au liceo classico (l'équivalent italien de la filière littéraire du lycée général français), âme vraiment damné pour l'auteur. 

 

Enfin, Andrea Marcologo s'abime sur une route vraiment fangeuse lorsqu'elle cherche à démontrer la véritable supériorité du grec ancien, langue parfaite, pure, forcément dégradée par le temps, mais qui seule à seule résister pour maintenir les traits les plus géniaux de l'indo-européen. Ce purisme linguistique flirte avec une idéologie qu'il faudrait qualifier de raciste. En somme, si l'ouvrage n'est pas inintéressant sur nombre de points, on ne peut qu'être surpris qu'il provoque de tels éloges et c'est franchement inquiétant si cela traduit la pensée de nombreux défenseurs des langues anciennes...

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